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le recueil

Veillée # Saint Nazaire
22 octobre 2007

intérims et ptis cafés

par Hendrick Van der Zee

Il y a une épée de Damoclès au dessus des chantiers, depuis des années. Un coup on fait des promesses, puis on vire, on rembauche, puis on dit que ça va fermer. Y’a toujours une menace. Une précarité maintenue. Alors les gens se protègent. Il y a ceux qui partent. Une fois virés, ils vont trouver ailleurs, mieux payés, et ne reviennent plus quand ça rembauche. On dit qu’il n’y a plus de main d’œuvre sur place, mais on l’a trop trimballée, la main d’œuvre d’ici.

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Et puis tout a été fait pour casser la vie sociale, la vie ouvrière, collective. Les horaires étalés, personne embauche et débauche en même temps. Il y a maintenant des selfs dans les chantiers, pour éviter que les ouvriers aillent manger – et boire – dans les cafés du quartier. Alors le quartier meurt peu à peu, les petits commerces se serrent la ceinture même quand les chantiers sont en essor. Y’a que les agences d’intérim qui fleurissent. Un bar ferme, une intérim ouvre. Il y a des rues d’intérims, toutes côte à côte. 

Il y a des entreprises sous-traitantes qui font venir des indiens, des polonais. Ils rachètent des immeubles pour les loger, à cinq par chambre, ils les nourrissent et retirent tout ça de leur paye. Déjà que la paye est légère pour eux, il ne reste pas grand chose une fois les charges retirées par l’employeur lui-même.

Au café de Lorient, ils disent : « nous, on manifeste, on fait la grève pour être mieux payés. Les indiens, eux, la seule fois où ils ont manifesté, c’était pour être payé tout court. L’employeur ne les payait plus, tout simplement ».

Autrefois, il y avait des pensions, mais elles ont toutes fermées. Il y avait la plus connue, celle des célibataires. Elles étaient trop chères, et puis devenues inutiles puisque les employeurs logent les travailleurs qui viennent de loin.

Alors forcément, tout le monde ici dit : « avant, c’était pas pareil »

 flora

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