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Carnets de route
8 novembre 2011

fantaisie

par Hendrick Van der Zee

Comme il y des chansons obsédantes, qui vous poursuivent toute une journée ou parfois toute une vie, il y a des poèmes qu’on n’a jamais complètement oubliés. Immuables. Comme une maison, ses fondations (de briques). Au lycée d’Auchel avec madame Lebaron au cours de français on nous avait demandé d’apprendre une poésie qui parle de ça. Si je m’en souviens, ça dit :

Il est un air pour qui je donnerais
Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber, (on devrait dire Weber mais on dit Webre pour la rime)
Un air très vieux, languissant et funèbre,
Qui pour moi seul a des charmes secrets.

Or, chaque fois que je viens à l’entendre,
De deux cents ans mon âme rajeunit :
C’est sous Louis treize (c’est un peu lointain, mais bon ça a été écrit en 1832, par Nerval. Qui a fini sa vie pendu à un lampadaire. Mais ça n’a rien à voir. Je reprends au début (au début du poème) pour qu’on comprenne bien si il y a quelque chose à comprendre… Est ce qu’on comprend une poésie ou est qu’on l’éprouve? C’est la question. Une autre. Une autre question, je veux dire! Nil est in intellectu quod non fuerit prius in sensu. Comme un paysage d’ailleurs. Tu montes sur un terril, tu regardes tout autour! Est ce que tu comprends quelque chose? Tu commences par ressentir et après tu cherches à comprendre. Comme un accident grave ou la mort. Reste à savoir si la mort, on comprend un jour. Comment se remettre de la disparition de quelqu’un qu’on a beaucoup aimé et qui a disparu pour toujours. Chaque fois unique, la fin du monde.)

Et je crois voir s’étendre
Un coteau vert, que le couchant jaunit,

Puis un château de brique (ça ne s’invente pas, n’est ce pas ?) à coins de pierre,
Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,
Ceint de grands parcs, avec une rivière
Baignant ses pieds, qui coule entre des fleurs ;

Puis une dame, à sa haute fenêtre,
Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens,
Que, dans une autre existence peut-être,
J’ai déjà vue… — et dont je me souviens !

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