J’ai toujours dû me persuader que la vie, en vrai ,c’était pas un film de Jacques Demy. Que jamais je ne sortirai de chez moi en dansant et en enchaînant un pas de deux avec mes voisins, que je ne rencontrerai pas mon idéal masculin sur du Michel Legrand, que la boulangère ne me rendra pas ma monnaie en chantant. J’aimerais bien, souvent, que dans les grandes scènes de ma vie le temps s’arrête et qu’il y ai d’un coup plein de couleurs, de cuivres et des chorégraphies grandioses. Cette semaine, à Lorgies, la vie ressemblait un peu à du Jacques Demy, ou au film d’Alain Resnais, « on connaît la chanson », il y a eu une pause, un moment suspendu dans la vie des gens qu’on a croisés et dans la nôtre, une pause enchantée. J’aimerais qu’il y ai une chanson pour tout, pour tout ce qu’on ne peut pas dire, pour tout ce qu’on ne peut pas faire, quand l’émotion est trop forte, le moment trop beau ou trop triste : que la musique démarre. J’aimerais que, comme vendredi, on vienne sonner à ma porte pour m’offrir une chanson et même si c’est pas dans la liste, je voudrais qu’on chante pour moi, pour nous les hvdziens de près ou de loin, les permanents de la rencontre, les veilleurs, les troubadours, les dealers de bonheur…je voudrais qu’on chante du Jacques Demy bien sûr :
Nous voyageons de ville en ville
On nous désigne de la main
On nous appelle les forains
En vérité on est poètes
Un jour ici, un jour ailleurs
Notre vie joue en alternance
La tragédie de l’existence
Et la comédie du bonheur
